Jean-Marie (fin)

J’entends la porte qui se referme sur lui. Je termine de préparer le repas, et nous nous installons avec Damien pour manger.

Il est silencieux, contraire à son habitude. Je ne parle pas non plus.

Il brise le silence d’un « t’es vraiment con des fois » auquel je ne sais rien répondre. Il a raison. Comme souvent. Comme toujours.

Dans ma tête tout défile, une sorte de calcul des +/- se fait presque par automatisme. Force est de constater que les – m’incombent presque exclusivement.

  • « tu crois que je devrais aller le rejoindre? »
  • « à ton avis? »

Je ne prends pas la peine de m’équiper d’un parapluie, et file vers Oberkampf sous la pluie qui n’a pas encore cessé.

J’hésite à l’appeler en chemin, pour m’assurer qu’il est bien rentré chez lui. Et ma tendance à tout remettre au destin m’en empêche. S’il est là, ça sera un signe. S’il ne l’est pas, ça en sera un autre.

Quand il m’ouvre la porte, je n’ose même pas le regarder. Mes yeux se portent sur son torse nu, entre admiration de sa musculature et honte de le regarder dans les yeux.

  • « Entre… tu es trempé! »
  • « je suis désolé… » je bredouille plus que je n’articule

Jean-Marie me propose de me changer, il pars vers la chambre chercher un t-shirt sec et une serviette. J’attends dans le couloir. Depuis l’autre pièce il m’indique de le rejoindre. J’obtempère et en entrant dans la chambre, mon regard se pose sur le lit, les draps encore froissés de nous. Je me déshabille, et lui s’approche avec la serviette pour m’essuyer.

Nous n’avons pas échangé plus de mots. Il n’y en a pas. Ses mains parcourent mon corps, ma tête, mes cheveux. Je ne bouge pas, je reste debout face à lui. Comme s’il retirait mes défauts.

Il glisse derrière moi pour m’essuyer le dos. Ses mouvements s’arrêtent et je sens ses lèvres venir se coller dans ma nuque, ses bras m’enlacent… m’embrasse… littéralement. Mes mains viennent se poser contre ses hanches, et je l’attire pour le sentir tout contre moi. Sa bouche quitte mon cou pour venir murmurer à mon oreille un « prends moi » qui me fait réagir immédiatement.

 

Nos corps épuisés restent collés l’un à l’autre. Sa tête sur moi, je sens son souffle ralentir, il s’endort. Je suis bien. Trop bien…

Je réalise qu’il est idéal. Sa culture, son humour, son physique…  Trop idéal…

Cela fait plusieurs mois que nous ne sommes plus ensemble avec Damien. Notre cohabitation se passe à merveille et l’équilibre acquis au fil des semaines confirme que la décision de se séparer était la bonne.

Je comprends que Jean-Marie est celui qui viendra tout bouleverser. Il est la charnière, la bascule, le changement. Chaque seconde qui passe désormais avec lui dans mes bras me rapproche d’un futur qui défile sous mes yeux. Vouloir passer du temps avec lui. Être de plus en plus absent dans le quotidien de Damien. S’installer ensemble. Perdre Damien…

Je me défais avec une douceur infinie de son emprise, me rhabille et me penche vers Jean-Marie pour l’embrasser.

Il ouvre les yeux, me souri. Il est d’une beauté encore plus incroyable. Je ne le sais pas encore mais ma mémoire enregistre cette image.

La dernière de lui.

 

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